Depuis la campagne 2008 d’Obama aux primaires démocrates et aux présidentielles états-uniennes, héritière de l’expérience d’Howard Dean en la matière qui utilisait les médias sociaux pour mobiliser et construire l’opposition à Bush, la question de l’utilisation du Web 2.0 en politique est un incontournable. Il n’y a pas un seul candidat à une élection qui n’utilise pas l’internet.

Or, en ce moment à Montréal, nous sommes dans une période de test qui permet de faire un constat de l’utilisation des médias sociaux par des candidats. En effet, la campagne municipale à Montréal est terminée depuis moins d’une semaine. Et lundi 9 novembre, dans quelques jours, aura lieu le scrutin de l’élection fédérale partielle dans Hochelaga-Maisonneuve. Nous avons suivi la présence en ligne de ces candidats et de leurs équipes avec un grand intérêt. Voici ce que nous avons pu voir :

Election municipale

En matière de blogue, les trois grands partis en lice avaient des systèmes de blogues. En fait, c’étaient plus les candidats qui, individuellement, avaient leurs propres blogues. Vision Montréal, dont la devise Une chef, un parti, une équipe ressemblait à ces slogans inquiétants qu’on pouvait retrouver dans l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne des années 1930, avait mis en place une plateforme intelligente qui permettait de voir les derniers billets postés sur les blogues de ses candidats. Difficile de savoir si les publications sur ces blogues répondaient à une stratégie centralisée, mais il faut avouer que c’était une bonne idée. Malheureusement, la liste était située en bas à gauche de la page et n’était pas forcément très visible. Louise Harel, la chef, n’avait pas de blogue où elle pouvait s’exprimer directement. Et le site de Vision Montréal ne permettait qu’aux électeurs et citoyens préalablement inscrits sur son site de s’exprimer et de publier des commentaires.

Le site d’Union Montréal tenait plus du blogue. En fait dès sa page d’accueil s’affichaient des articles (surtout des nouvelles commentant l’actualité) pour lesquelles il était possible de publier des commentaires. Par contre, pas de blogroll pour les blogues des candidats.

Enfin, Projet Montréal offrait un site qui ne permettait aucun commentaire, alors que ce groupe tentait de construire une image de nouvelle démocratie. Pour avoir assisté à plusieurs réunions électorales de Projet Montreal, la démocratie participative était un leitmotiv fort porté par ses candidats. On voulait une ville plus proche de ses habitants, à leur écoute. Et pourtant… les blogues des candidats n’étaient même pas centralisés sur le site du groupe.

Twitter, Facebook étaient utilisés par les trois partis. Union Montréal mettait depuis son site un lien vers la page facebook de Gérald Tremblay. En date du 7 novembre, elle comptait 418 fans. Pour Vision Montréal, le lien conduisait aussi vers la page de Louise Harel. Celle-ci avait 1 301 fans. Quant à Projet Montréal, le lien depuis son site renvoie vers un groupe facebook. comptant 1721 membres. En terme d’image, nous trouvons l’utilisation d’un groupe, plus qu’une page identifiée au seul chef, correspondant mieux aux principes véhiculés par Projet Montréal : ceux d’un groupe porteur de nouvelles valeurs démocratiques.

Projet Montréal reste le seul groupe encore actif sur l’Internet (à part peut-être le billet de Guillaume-Benoît Gagné de Vision Montréal du 7 novembre) aussi bien sur Facebook, Twitter que sur son site. Cela s’explique peut-être aussi par le fait que ce parti est conscient depuis sa création qu’il mène un combat à long terme. D’ailleurs ses objectifs premiers lors de cette élection n’étaient pas de gagner la mairie mais bien de capitaliser. Il visait clairement la prochaine élection. Il doit donc continuer ses efforts entre les scrutins. Ce qu’il a su très bien faire par le passé.

Election fédérale partielle

Du côté de l’élection fédérale partielle à Hochelaga-Maisonneuve, les moyens sont nettement moins importants. La présence en ligne est donc moindre.

Robert David, candidat du parti libéral, possède un site vieille génération très classique, sans aucune utilisation des médias sociaux, même pas un lien vers une page facebook.

Daniel Paillé, le candidat du PQ, est le parent pauvre de cette élection. Il ne dispose que d’une seule page hébergée sur le site du Bloc. Il n’a même pas son propre site. Il a tout de même une page facebook qui compte 209 fans.

Reste le candidat du NPD, le seul vraiment issu du quartier : Jean-Claude Rocheleau. Celui-ci dispose d’un site depuis peu de temps. Mais il s’agit d’un alias du site du NPD : jcrocheleau.npd.ca Par contre, il n’y a aucun moyen de laisser des commentaires sur le site. M. Rocheleau a tout de même un compte Twitter très actif mais peu suivi (seulement 30 suiveurs). Et sa page facebook (qui a d’abord été sa seule présence en ligne) a 249 fans.

Nos conclusions

Il nous paraît évident que pour des élections locales comme les municipales et une élection fédérale partielle, les candidats et leurs responsables de communication ne comprennent pas l’utilisation des médias sociaux et ce qu’ils peuvent leur apporter. Ils en font une utilisation a minima et son toujours dans une logique de communication “top-down” et pas “one-to-one”. Leur site ou leur présence en ligne ressemble plus à une simple plaquette de communication qu’à une véritable volonté de discuter, d’échanger et de permettre aux électeurs de participer au débat et à l’évolution du projet que doivent porter les candidats.

Selon nous, cette situation est essentiellement due à trois éléments :

  1. traditionnellement en politique, on aime contrôler le discours et l’image. Or, les médias sociaux limitent le contrôle de l’émetteur et le mettent en danger. Il peut être interpellé directement. De plus, son image peut être détournée, utilisée contre lui ;
  2. cette attitude illustre le deuxième élément qui est le manque de compréhension du web 2.0. Les partis politiques ne comprennent pas comment ils peuvent investir ces espaces et entrer dans une logique d’échange. Leurs habitudes communicationnelles sont extrêmement traditionnelles et pour vraiment comprendre le sens profond des médias sociaux, ils doivent opérer une révolution dans leurs méthodes et leurs stratégies ;
  3. en réalité, il y a un manque de vision globale dans l’utilisation des médias sociaux. Ils sont investis pendant la campagne ou juste avant. Selon nous, c’est déjà trop tard. Ce sont des espaces à investir durablement et pas n’importe comment. Lorsqu’on limite la possibilité des internautes à laisser des commentaires sur un site, lorsqu’on ne publie pas de billets pouvant créer le débat, lorsqu’on utilise Twitter uniquement pour parler de son actualité mais pas pour échanger, lorsqu’on arrive la veille de la campagne la bouche en cœur en disant faussement je suis à votre écoute, on n’utilise pas le plein potentiel des médias sociaux. Pire, pour l’identité numérique des candidats (et peut-être de la démocratie en tant que telle), le résultat est foncièrement négatif. On passe pour des opportunistes. Tout cela m’amène à une question : est-ce que ces candidats sont bien entourées ? Car aujourd’hui la bonne gouvernance c’est savoir bien s’entourer, savoir aller chercher les bonnes ressources.

Evidemment, vu que les médias sociaux ne sont pas bien utilisés, certains concluent qu’il ne faut pas forcément y concentrer leurs efforts car ils apportent peu de résultats. Or, ils sont pour nous à la base d’une modification de la démocratie qui va s’imposer aux hommes politiques dans les prochaines années : la démocratie participative. Et c’est dans cet esprit là que toute stratégie de communication sur l’Internet doit être envisagée par les conseillers des politiques.

Quelques uns l’ont compris… Et ceux-là partent avec une longueur d’avance.

Quelques liens intéressants :

http://vimeo.com/7217137

http://quebec.identitycamp.org/medias-sociaux/elus-ou-non-continuer-a-bloguer/

http://jeromemarchandarvier.wordpress.com/2009/06/18/la-democratie-participative-en-debat/

http://democratieparticipative.wordpress.com/

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